10avr.

Paléographe : Les enfants de Champollion

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Le paléographe est un personnage essentiel pour nous aider à comprendre ce que nos ancêtres écrivaient !

Les archives sont les documents écrits par une administration, une entreprise ou même une personne : les factures, les tickets de cinéma, les relevés bancaires, les mails, ce sont aussi des archives ! Il en a été de même à toutes les époques (même si Louis XIV n’allait pas au cinéma !). Avant l’invention de l’ordinateur de bureau, ou même de la machine à écrire, ces archives étaient toutes écrites à la main, sur du papier, du parchemin, de la cire, ou du papyrus. 

Bien entendu, l’écriture a varié au cours de l’histoire : il y a eu des modes, mais aussi des contraintes de place, de matériaux. Il a aussi fallu adapter les lettres à l’évolution de la prononciation et du vocabulaire, entre le latin et le français ! Car vous aurez remarqué qu’on écrit aujourd’hui le français avec des lettres héritées des Romains...

Autre difficulté : tout comme nous, les hommes des temps anciens (les femmes n’ayant que très rarement accès à l’écriture avant le XVIIIe siècle environ) étaient plus ou moins soigneux. Certains s’appliquent et écrivent lisiblement, et d’autres... pas du tout ! 

C’est là que le problème se pose : comment aujourd’hui déchiffrer ces documents écrits il y a 5, 10 ou même 14 siècles ? 

Heureusement, le paléographe est là !

Paléographe ? A vos souhaits !

Paléo signifie “ancien”, et graphe “écriture”. Le paléographe, c’est donc le spécialiste des écritures anciennes. C’est une personne qui a, pendant de nombreuses années, étudié les écritures anciennes pour parvenir à les déchiffrer en temps réel, comme on lit un courriel ! Bien sûr, il faut aussi avoir des notions de langue et de vocabulaire, car on ne peut déchiffrer du latin ou de l’ancien français sans en connaître tous les mots. La paléographie s’étudie à l’université et dans certaines écoles spécialisées. Comme pour les médecins, il y a des “généralistes” qui lisent toutes les écritures, mais aussi des “spécialistes” experts dans une écriture précise. Mais toute personne étudiant des documents anciens devient forcément paléographe au fil du temps. 

Les principales écritures

Contrairement aux idées reçues, l'écriture la plus facile à déchiffrer est celle des Romains, tout simplement parce que notre écriture est copiée sur la leur ! Après l’époque romaine, cela se gâte : le papyrus disparaît, on écrit sur parchemin, un matériau très cher. Alors il faut économiser de la place. L’écriture n’est plus enseignée que dans les monastères, et les moines entre eux inventent tout un tas d’abréviations - dont certaines existent encore aujourd’hui, par exemple l’éperluette, ce petit signe & pour dire “et”. Ils inventent aussi des signes bizarres pour adapter les lettres romaines à l’évolution de la langue parlée. C’est ainsi qu’ils ont inventé la cédille, pour indiquer au lecteur de prononcer “tz” ou “s” quand il trouve un “c” devant une voyelle, à l’époque où tout le monde commence à le prononcer “k”. 

Les moines inventent de jolies écritures d’abord pour les rois mérovingiens (Clovis et ses successeurs), puis les empereurs carolingiens (Charlemagne et ses successeurs). C’est la “minuscule caroline”. Joli nom !

Plus tard, vers les XIe et XIIe siècles, s’installe une écriture qui va durer un bon bout de temps, la “gothique”. Plus petite, pleine d’abréviations, elle permet d’écrire vite. L’écriture commence à se diffuser hors des monastères. 

Le XVIe siècle, l’époque de François Ier et des guerres de religion, est celle où les Français écrivent le plus mal ! Un supplice pour le paléographe. Par la suite, heureusement, et avec le développement de l’école, les Français écrivent de manière de plus en plus lisible, jusqu’à aujourd’hui. 

Depuis chez vous : découvrez le crime d’Alizon ! 

Vous êtes fasciné.e par la sorcellerie ? Voici un court texte, un extrait du procès d’Alizon, soupçonnée de sorcellerie en 1561. Amusez-vous à le déchiffrer et découvrez le crime d’Alizon ! C’est du français de 1561, il est déjà très compréhensible mais le sera encore plus si vous lisez le texte à haute voix !

Pour vous aider voici quelques “trucs” de paléographe (sur la photo N°2). Il s’agit ici d’une abréviation courante. On lit “lade” avec une boucle en bas du “d”. Cela signifie “ladite”, autrement dit “cette personne dont on a déjà parlé”. Notez la manière dont le “e “est écrit, qu’on retrouve dans tout le texte. 

Pour la photo n°3, il faut lire “confessez”. Notez que le “s” s’écrit presque comme un “f”. C’est pareil dans tout le texte. 

Alors, vous avez découvert le crime d’Alizon ?

Pour vous aider, voici des indices : nous avons déchiffré une partie du texte, saurez-vous terminer le travail ? Chaque tiret correspond à une lettre. Les barres séparent les mots. 

 

F - - - - - e - e - -  /  ladite / alizon  /  -  /  c - - fessez /  de / sa /  fr - - che /  v - - un - - z  / que / ung (= un) / jour / e - - e / cuida (= crut) / e - - - - s - - - er / le / gros / Claude / - - / St (= Saint) / diey (= Dié, Saint-Dié aujourd’hui) / - - s - - - - / en / son / pontaige (= potage) / de / - - / - - - - - re / - - - - - - / avoit (= avait) / - - - ct / doncques / - - - / - - - - / - - - - - - / fut / l – mgt - - -s / - - - - de / (suite du texte)

 

Bien sûr, si vous avez des difficultés, n'hésitez pas à nous écrire sur vosges-archives@vosges.fr !

Quand vous aurez terminé, vous pouvez nous envoyer votre exercice, nous vous donnerons notre avis ou la solution !

 

Crédits photos : Arch. Dép. Vosges, G706 fol. 14, photo F. Petrazoller.

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